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Lettres au voyageur (2008-2)

February 10, 2018

Dehors le vent donne la réplique aux chiens et aux vagues. Le monde nocturne crie en continu. Collée au réchaud, j’écris dans une bulle que la violence contourne.

Mais il suffit de prêter l’oreille à ce que raconte le vent.

Et je me laisse emmener. Vers ce que je ne vivrai jamais, vers l’extérieur, du côté des chiens qui gémissent, vers les dunes et la mer. Quelques dizaines de kilomètres de l’hôtel, peut être moins. Peut être sur cette plage où je marchais ce matin, où les vivants d’un autre monde sourient, capturent des bouts de ciel, des coquillages, où les vivants respirent et s’aiment, où parfois même ils s’ennuient.

C’est la nuit, les vivants se reposent.

Et sur la plage, tassés contre le sable, déjà pétris de terre humide, les autres veillent. Je ferme les yeux, et je prête l’oreille. Je te vois parmi eux embrasser le sable. Je te retrouve derrière le rideau des années qui ont essuyé le sable de ton visage. Je vois la mort hésiter à te faire signe, elle qui moissonne ces rivages. Elle glisse, passe, tend la main, elle est passée. Ce sera cette femme tout à l’heure, ce sera toute la seconde pirogue qui dormira cette nuit aux grands sables noirs. Je te vois qui crois, qui espère la tête vide, qui ne lâche rien bouche collée aux caillasses et aux fougères. Demain peut être. Ou bien rentrer, renoncer, revenir, mais dormir est impossible, ce n’est pas le moment que tu as choisi, ce n’est pas le moment qui t’a choisi. Les vêtements glacés, le sable dans toutes les bouches, les lames du sel. Ce n’est pas le moment.

Plus loin sur l’eau les premiers passagers achèvent le sort de leur nuit. Les uns après les autres. Les hautes vagues noires, le dernier sable noir. Tout ce froid, et se reposer, enfin. Toi tu ne veux pas te reposer, pas encore. Tu fermes les yeux qui ne savent pas pleurer, tu rentres dans la dune et tu lui hurles tout ce qu’il y a à hurler. Demain peut être. Et tu pries en attendant le jour.

Collée au réchaud, des années après, j’écris au Sud de ce pays dont tu as embrassé le sable, j’écris dans une bulle que la violence contourne. Mais comment oublier ce que raconte le vent?

 

(Texte écrit fin 2008. Version actualisée Février 2018)

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